Pensées dans un jardin d'orties

Mardi 27 octobre 2009

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Garni de tout un barda, j'étais en arme, suffisament pour répondre à un quelconque affront. Patiemment, les yeux dans les poches, les mains sous mes draps de paupières, mon organisme tendait à s'immobiliser en statue, plombé comme un gâteau marbré.

Nul n'est tenu de me dévisager et de me détailler, d'essayer de trouver un sens à tout cela. En bon petit soldat inconnu, ma flamme refroidit. On m'avait plaqué, j'étais devenu la mémoire d'un événement passé, un événement d'histoire qui s'étendait ici, vu que ma stature était présente au milieu du square avec un petit panneau indicatif et passablement rouillé.

Je fais partie de ces milions de monuments de l'instant, fantôme drappé derrière la brume, les moineaux, le soleil, le lierre, la poussière, le vent, la pluie, les feuilles mortes, les feuilles encore un peu vivantes. J'ai pigeon sur rue et encore des fientes d'années devant moi.

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Vendredi 23 octobre 2009

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J'avais fait un somme léger. Sans vecteur, avec pour point de fuite le réveil. Un somme pour se soustraire un peu au bruit, pour récupérer de l'énergie et me mouvoir encore le lendemain. C'est avec une délectation non feinte, que le soleil darda ses rayons insidieusement sous mes paupières, comme s'il avait sauté la ligne d'horizon pour se trouver plus haut dans le ciel et me prouver qu'il avait plus d'énergie que moi. Le soleil n'est pas un sportif, il obéit au loi de la physique mais quand il se rebelle et gravite plus vite ça m'arrache la rétine.

Tirez les volets. Point à la ligne.
Je me mouvrai demain.

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Mardi 13 octobre 2009

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Y' a de la lumière chez le mort.

Répète-t-il.

Y'a de la lumière chez le mort.

Il se remet sûrement à graviter des mots dans sa tête, sans interruption.

De là à les écrire ?

J'ai un doute.

Il te faudrait plutôt un cahier.

J'y réfléchis.

Mirroir, mirroir, dis-moi qui est le puceau ?

Le plus sot ?

Et puits zut !

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Mercredi 7 octobre 2009

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Cela commence par la première personne du singulier, et ça s'étend à toutes les paroles. On se noit dans cette épreuve de force qui est de lutter contre l'egoïsme, l'hypocrisie, et tous ces autres sentiments qui rejaillissent si souvent au point que les attacher en devient difficile.

 

J'ai aussitôt tenté de taire le "je" par un passe ton tour, un hochement de tête, un petit signe de l'épaule, et autres dérivations corporelles. Le mime est un spectacle de qualité qui renvoit alors la parole aux tréfonds des palais, muette comme un roi décapité. "Il faut tenter la toux pour le tout" éternuait un fumeur au bar. Une bière tiède face à lui, un ticket de tac-o-tac en guise de sous-verre, et une parole rauque pour sagesse.

Aussi il me fallait essayer de survivre à mon "je" en lui donnant résonnance, dans un espace différent, en terre inconnue, comme si cette fougue, cette fuite pouvait annihiler cet ego qu'on se traîne... C'est sûrement pour mieux le faire mousser que l'on fait ce genre de... démarche.

L'autre fois je me promenais, la ville n'était pas mienne comme toutes les autres par ailleurs. Les rues répétaient mes pas, et je mimais la ville, dévisageant les devantures, analysant la typologie des réverbères, relevant le nom des compteurs edf et les villes de fabrication des bouches d'égoût, oh quel belle église, et quelle gare au style si commun, me taisant toujours, ne pas tricher, je suis sur la bonne voie... Du moins je me répétais. J'explorais les angles, les enseignes étaient les mêmes Monop', Ed, Boulangerie, et boucherie au nom  cocasse : Delicatessen.

Je flanais tête en l'air, la cime, les arbres, le ciné, les odeurs de kebab, les pigeons, le bruit des moteurs, les trottoirs patchwork de bitume en une seule couleur (le gris-noir) mais en multipliant les tons, comme si c'était un prisme de lumière noire décomposé... Je me perds dans des détails. Puis il y avait aussi les habituels constellations de chewing-gums crachés aux arrêts de bus, puis également ces mégots au bout rose rejetés par des femmes.

A force d'adopter cette technique de petit découvreur de terre inconnue, on finit toujours par constater une certaine constance avec sa propre origine, ses propres trottoirs, quand d'un pas vous entendez le minuscule son de la compression d'une déjection bien fraîche.

Comme dirait l'autre : "y'a pas de chien méchant, y'a que des mauvais maîtres".

Je reviendrai peut-être, et je ferai comme tous, je regarderais le sol et rêverai sûrement d'être ailleurs au bout d'un moment de lassitude, quand j'aurais enfin relevé toutes les couleurs du prisme gris-noir, découvert la grande ours verte de pâte à macher... Je vous passe les détails.

A plus, les découvreurs.


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Mardi 29 septembre 2009

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Une saloperie de grippe m'aggripa.  C'était la relâche.

Je regardais voler les mouches, certaines se crashaient dans la poussière ou dans les rainures des fenêtres. Nul doute que personne pense à la boîte noire. En partant de là, rien à foutre des virus et bactéries. Fi vous dis-je. Peste soit du choléra, des herpès, des hémorroïdes et autres détails insignifiants des carnets médicaux.

Outre la mouche, considérons la loutre ? Rien à foutre.

Le bon dans l'ennui c'est que ça empêche de fermer l'oeil, d'ignorer le détail, l'ennui tient le corps, quand le corps se plie c'est que l'ennui s'ennuye de vous. Eteinds-toi me dit parfois l'ennui. L'est peu bavard dans ces moments-là, il envoie des vacheries, il vous secoue et c'est votre propre vase qui remonte, tout n'est plus très clair, vous voilà troublé. Rien à voir avec l'ennui en lui-même, l'ennui est autonome, voilà pourquoi il voyage si bien. Quand l'ennui se lasse de vous, c'est quand vous songez à vous. Là ce n'est plus de l'ennui c'est de la solitude, le monologue interne, le dialogue absurde car vain. L'ennui ne répond plus, il est absent, vous êtes seul présent. L'ennui n'a pas de papier, pas de condition, il se contente, s'amuse à vous faire tourner la tête.

L'ennui est créateur, la solitude est destructrice. Mais quand les deux s'emmêlent ? Zut, une mouche est venue se poser sur ma souris.

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